Dermatose Nodulaire Contagieuse : la situation en France en septembre 2025
Publié le : 8 septembre 2025 | Catégorie : Santé animale
Une maladie animale en pleine expansion
Depuis son apparition en Savoie le , la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) se propage rapidement dans les élevages bovins français. À ce jour, plus de 78 foyers ont été confirmés, principalement en Savoie, Haute-Savoie, Ain et Isère.
❓ Qu’est-ce que la DNC ?
La DNC est une maladie virale des bovins causée par un poxvirus du genre Capripoxvirus. Elle est transmise par des insectes piqueurs tels que les stomoxes, les taons et certains moustiques.
- Symptômes : nodules cutanés, lésions, fièvre, baisse de production laitière.
- Gravité : forte contagiosité, pertes économiques importantes.
- Santé humaine : non transmissible à l’homme.
️ Les mesures mises en place
Les autorités sanitaires ont mis en œuvre plusieurs actions pour contenir la propagation :
- Vaccination massive dans une zone réglementée de 50 km autour des foyers.
- Isolement des troupeaux infectés et restrictions de mouvements.
- Plans de biosécurité : désinsectisation, nettoyage et désinfection des exploitations.
Une menace persistante pour l’élevage français
Le ministère de l’Agriculture rappelle que seule une éradication totale peut empêcher l’installation durable de la maladie. Les éleveurs sont appelés à la vigilance et au signalement immédiat de tout symptôme suspect.
La DNC représente une menace sérieuse pour la filière bovine, tant sur le plan économique que sanitaire.
En détailles :La dermatose nodulaire contagieuse?
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), aussi appelée maladie de la peau bosselée ou Lumpy Skin Disease (LSD) en anglais, est une maladie virale grave affectant principalement les bovins. Elle est provoquée par le virus de la dermatose nodulaire contagieuse (VDNC), qui appartient au genre Capripoxvirus de la famille des Poxviridae.
Cette maladie est caractérisée par l’apparition de nodules cutanés, de fièvre, et une lymphadénite. Elle entraîne une baisse importante de la production laitière, une perte de poids, des avortements chez les femelles gestantes, et dans les cas sévères, la mort de l’animal. Le taux de mortalité peut varier de 1 à 5% mais peut atteindre jusqu’à 45% dans les troupeaux naïfs (non immunisés).
La DNC est inscrite sur la liste des maladies animales de l’Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) et fait l’objet de déclaration obligatoire dans la plupart des pays en raison de son potentiel épidémique et de son impact économique significatif.
Actualités et propagation récente
Depuis 2012, la dermatose nodulaire contagieuse a connu une expansion géographique sans précédent. Initialement confinée à l’Afrique subsaharienne où elle était endémique, la maladie s’est étendue au Moyen-Orient, à l’Europe du Sud-Est, et à une grande partie de l’Asie.
En 2023, plusieurs foyers ont été signalés dans de nouvelles régions, notamment :
- Apparition de cas en Asie du Sud-Est (Thaïlande, Vietnam)
- Persistance de foyers dans les Balkans (Grèce, Bulgarie)
- Nouveaux cas signalés dans le Caucase et certaines régions de Russie
L’Europe occidentale reste en alerte face à la progression de la maladie, avec des mesures de surveillance renforcées aux frontières. La France a maintenu son statut indemne mais a renforcé son dispositif de surveillance depuis l’apparition de foyers en Turquie et en Grèce.
En 2024, les efforts internationaux se concentrent sur :
- Le développement de vaccins plus efficaces et plus stables
- Le renforcement des mesures de biosécurité dans les élevages
- L’amélioration des systèmes de détection précoce
- La coordination des campagnes de vaccination massives dans les zones endémiques
L’évolution climatique et le changement des patterns de migration des insectes vecteurs semblent contribuer à l’expansion géographique de la maladie vers de nouvelles zones précédemment épargnées.
Agent pathogène et transmission
Le virus responsable de la dermatose nodulaire contagieuse est un Capripoxvirus étroitement apparenté aux virus de la variole ovine et caprine. Il s’agit d’un virus à ADN double brin, enveloppé, et relativement résistant dans l’environnement, particulièrement dans les croûtes desséchées des lésions cutanées.
Modes de transmission
- Transmission par vecteurs arthropodes (principale voie) :
- Mouches piqueuses (Stomoxys calcitrans)
- Moustiques (Aedes, Culex)
- Tiques (Rhipicephalus, Amblyomma)
- Transmission directe :
- Contact avec des animaux infectés
- Salive, écoulements nasaux, lait
- Semen (transmission vénérienne possible)
- Transmission indirecte :
- Contact avec du matériel contaminé (aiguilles, équipements)
- Eau et nourriture contaminées
- Personnel et véhicules contaminés
La période d’incubation varie de 4 à 14 jours après infection. Les animaux infectés peuvent excréter le virus pendant plusieurs semaines, même après guérison apparente.
Symptômes et diagnostic
Signes cliniques
Les symptômes de la DNC varient en sévérité selon la souche virale, l’âge et la race de l’animal, et son statut immunitaire :
- Fièvre (peut dépasser 41°C)
- Anorexie et perte d’appétit
- Larmoiement et écoulement nasal séreux puis mucopurulent
- Apparition de nodules cutanés caractéristiques :
- Diamètre de 2 à 5 cm
- Fermes, circulaires, bien délimités
- Apparaissent sur tout le corps (cou, tête, membres, organes génitaux)
- Évolution : lésions nécrotiques puis formation de croûtes
- Œdèmes des membres et des parties ventrales
- Ganglions lymphatiques hypertrophiés et facilement palpables
- Baisse drastique de la production laitière (jusqu’à 50%)
- Avortements chez les femelles gestantes
- Infertilité temporaire chez les mâles et femelles
Dans les formes sévères, des lésions peuvent apparaître sur les muqueuses de la bouche, des voies respiratoires et du tractus digestif, entraînant des complications secondaires.
Méthodes de diagnostic
Le diagnostic définitif nécessite une confirmation en laboratoire :
- Tests de détection antigénique :
- PCR en temps réel (méthode de référence)
- Isolement viral sur culture cellulaire
- Microscopie électronique
- Tests sérologiques :
- ELISA (détection d’anticorps)
- Séroneutralisation
- Examen histopathologique des nodules cutanés
Le diagnostic différentiel doit exclure d’autres maladies présentant des symptômes similaires :
- Urticaire
- Dematophilose
- Hypodermose
- Streptothricose
- Besnoitiose
- Leucose bovine enzootique
Traitements et prévention
Traitement
Il n’existe aucun traitement antiviral spécifique contre la dermatose nodulaire contagieuse. La prise en charge consiste en :
- Traitements de support :
- Anti-inflammatoires non stéroïdiens
- Antibiotiques à large spectre (pour prévenir les surinfections bactériennes)
- Soins des lésions cutanées (applications topiques antiseptiques)
- Hydratation et alimentation adaptée
- Isolement strict des animaux malades
- Mesures d’hygiène renforcées pour limiter la dissémination
Prévention et contrôle
- Vaccination :
- Vaccins vivants atténués (souches Neethling ou Kenya)
- Vaccination de masse recommandée dans les zones endémiques
- Immunité protectrice environ 3 semaines après vaccination
- Durée d’immunité : au moins un an
- Mesures de biosécurité :
- Contrôle strict des mouvements d’animaux
- Quarantaine des nouveaux animaux introduits
- Lutte contre les insectes vecteurs (insecticides, répulsifs)
- Désinfection régulière des installations et du matériel
- Surveillance épidémiologique :
- Détection précoce et déclaration obligatoire
- Abattage des animaux infectés dans certains pays
- Zones de protection et de surveillance autour des foyers
Impact économique et mesures de contrôle
L’impact économique de la dermatose nodulaire contagieuse est considérable et multidimensionnel :
Impacts directs
- Mortalité des animaux (1-5% en général, jusqu’à 45% dans certains cas)
- Baisse de production laitière (jusqu’à 50%)
- Perte de poids et qualité réduite de la viande
- Dommages aux peaux (dépréciation importante)
- Infertilité temporaire et avortements
- Coûts des traitements et soins vétérinaires
Impacts indirects
- Restrictions commerciales internationales
- Coûts des campagnes d’éradication et de vaccination
- Pertes de marchés à l’exportation
- Impact sur les moyens de subsistance des petits éleveurs
Face à cette menace, les mesures de contrôle internationales se sont renforcées :
- Plans d’urgence nationaux et régionaux
- Coordination internationale via l’OMSA et la FAO
- Programmes d’aide aux pays touchés
- Recherche accélérée sur les vaccins et méthodes de diagnostic
Les stratégies de lutte recommandées par l’OMSA comprennent :
- Vaccination prophylactique dans les zones à risque
- Détection précoce et réponse rapide
- Contrôle des mouvements d’animaux
- Lutte contre les vecteurs insectes
- Communication et sensibilisation des éleveurs
FAQ sur la dermatose nodulaire contagieuse
Q1 : La dermatose nodulaire contagieuse peut-elle affecter les humains ?
Non, la DNC n’est pas une zoonose. Le virus est spécifique aux bovins et certains ruminants sauvages, et ne présente aucun risque pour la santé humaine.
Q2 : Existe-t-il un risque de contamination par la consommation de produits laitiers ou de viande ?
Non, le virus ne se transmet pas par les produits alimentaires. De plus, la cuisson et la pasteurisation détruiraient le virus s’il était présent.
Q3 : Comment protéger son troupeau contre la DNC ?
La vaccination est la mesure la plus efficace, combinée à de strictes mesures de biosécurité : contrôle des introductions, quarantaine, lutte contre les insectes vecteurs, et limitation des contacts avec d’autres troupeaux.
Q4 : Que faire en cas de suspicion de DNC dans son élevage ?
Contacter immédiatement son vétérinaire et la direction départementale de la protection des populations (DDPP). Isoler les animaux suspects et cesser tout mouvement d’animaux.
Q5 : La DNC est-elle présente en France ?
La France est actuellement officiellement indemne de dermatose nodulaire contagieuse, mais maintient une surveillance active face à la progression de la maladie en Europe.
Q6 : Les autres animaux peuvent-ils contracter la maladie ?
Le virus affecte principalement les bovins domestiques (vaches, taureaux, veaux). Certains ruminants sauvages (buffles, girafes, antilopes) peuvent être infectés, mais les autres animaux domestiques (chevaux, porcs, volailles) ne sont pas sensibles.
Sources
- Organisation mondiale de la santé animale (OMSA) – Fiches techniques sur la dermatose nodulaire contagieuse : https://www.woah.org/fr/maladie/dermatose-nodulaire-contagieuse/
- European Food Safety Authority (EFSA) – Scientific opinion on lumpy skin disease : https://www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/3983
- Food and Agriculture Organization (FAO) – Lumpy skin disease field manual : http://www.fao.org/3/i7330en/i7330en.pdf
- Tuppurainen, E.S.M., Venter, E.H., Shisler, J.L. et al. Review: Capripoxvirus Diseases: Current Status and Opportunities for Control. Transbound Emerg Dis. 2017; 64: 729–745.
- World Organisation for Animal Health (2023). Situation Report for Lumpy Skin Disease. https://www.woah.org/app/uploads/2023/05/lsd-sitrep-may2023.pdf
- European Commission – Animal Disease Information System : https://ec.europa.eu/food/animals/animal-diseases/animal-disease-information-system-adis_en
- Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE) – Dossier scientifique sur les Capripoxvirus : https://www.inrae.fr/actualites/dermatose-nodulaire-contagieuse-point-situation
Références









